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    Contes et récits: Havre-Vif

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    Contes et récits: Havre-Vif

    Message par Admin le Ven 27 Juil - 11:11


    Extraits de journal de la caravane Havre-vif

    21ème journée de Dornius (juillet) 496

    "Cette année encore nous rejoignons une halte de la caravane du Grand Bazar pour faire le plein de provisions et de matériel. Ce sera l’occasion de réunir quelques histoires sur l’année écoulée et de voir comment s’en sortent les nouveaux. Le Grand Bazar est l’une des seules caravanes à avoir obtenu les autorisations nécessaires pour tenir annuellement un rassemblement de cette ampleur. C’est le genre de rendez-vous à ne pas rater pour qui a besoin de faire commerce et rares sont les caravanes à pouvoir vivre en parfaite autarcie.

    Nous sommes déjà installés depuis deux jours, mais le gros des caravanes commence seulement à arriver. Les responsables du Grand Bazar ont fort à faire pour installer tout le monde dans le calme. Il y a toujours l’un ou l’autre capitaine pour se plaindre de son emplacement, mais les gars du Grand Bazar ont l’habitude de gérer les récalcitrants. Les responsables de quartier s’assurent que les règles soient respectées et que chacun soit traité équitablement.

    A peine arrivés, plusieurs responsables de caravane nous ont demandé si le bureau de l’Empire d’Or était déjà disponible. Nombre d’entre eux viennent principalement pour renouveler leur laissez-passer. Même si certains voient d’un mauvais œil ceux qui obtiennent leur laissez-passer par la voie officielle, aucune caravane ne peut voyager sans ces précieux sésames. Cela reste donc le moyen le plus sûr de s’en procurer un, même si les tâches à remplir peuvent peser lourd sur la conscience d’un homme.

    Comme à l’accoutumée, un camp de réfugiés s’est rapidement monté en périphérie du Grand Bazar. Pour la plupart, de pauvres hères qui ont tout perdu suite à une attaque de brigands. Parfois c’est leur village qui a été rasé dans un accrochage entre rebelles et forces impériales, parfois c’est une épidémie qui a ravagé la région. Leur unique chance est de se faire accepter dans une caravane pendant le rassemblement pour ne pas finir seuls sur les routes. Aucun groupe de moins de vingt têtes ne survit bien longtemps aux dangers de l’errance.

    Pas question cependant de dépasser les soixante individus ou c’est l’Empire d’Or qui se charge, tôt ou tard, de démanteler ce qu’ils appellent alors un “groupe armé”. Tout est une question de compromis et les caravanes doivent s’assurer de disposer de tous les bras et savoir-faire nécessaires sans se mettre hors la loi. Le Grand Bazar lui-même est un funambule qui, sans cesse, doit savoir d’un côté fermer les yeux et de l’autre montrer patte blanche lors de ces arrêts. Un débordement de trop et c’est toute la communauté qui risque de s’attirer les foudres des autorités en place.

    Espérons que cette année encore ce fragile équilibre puisse se maintenir pour notre avenir à tous."

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    Contes et récits: Havre-Vif (2)

    Message par Admin le Ven 27 Juil - 11:14

    Extraits de journal de la caravane Havre-vif

    14ème journée de Férial (septembre) 497

    Caravane Havre-Vif

    Comment je suis devenu caravanier? T’en as de ces questions pour plomber l’ambiance toi…

    Est-ce que ça a vraiment de l’importance? Tsé, parfois, vaut mieux oublier certaines choses…

    Mais wé, j’imagine que pour vous à Havre-Vif ça en a… Parait que c’est votre truc de récolter des histoires… Et puis je me vois mal être impoli alors que vous nous offrez l’accueil auprès de votre feu…mais je te préviens, mon histoire a rien de spécial, c’est la même que tant d’autres…

    En y repensant, j’ai presque l’impression que c’était une autre vie…et pourtant, c’était y a pas si longtemps finalement… Y a 16 ans de ça, j’habitais une petite chaumière dans la région dite du Haut Empire avec ma femme et notre fils. J’étais brasseur dans la brasserie que mon épouse avait héritée de son père. Sagement, il lui avait laissée plutôt qu’à son fils, alcoolique et violent. La vie n’était pas facile tous les jours mais nous n’avions pas trop à nous plaindre.

    C’est durant l’hiver 481 que ma vie a basculé. Franchement, je ne connais même pas tous les tenants et aboutissants de l’histoire. Ce que je sais, c’est que l’Empire d’Or laissait une compagnie de mercenaires en garnison dans le bourg, autant pour le protéger que pour surveiller ses habitants. Ca faisait trois ans que le capitaine Argos et ses gars étaient en poste chez nous. Largement le temps pour les contrebandiers teuts de leur graisser généreusement la patte pour qu’ils “oublient” certaines denrées et ne soient pas trop regardants sur les chariots qui traversaient le bourg.

    Mais cet hiver-là, l’administration de l’Empire d’Or ne l’entendait pas comme ça. Est-ce que quelqu’un a dénoncé Argos et son petit trafic? Est-ce que c’est la malchance seule? Quoi qu’il en soit, un petit matin brumeux et glacial, l’ombromancien Bakenramef, accompagné d’une phalange de vingt guerriers squelettes, prit ses quartiers dans le village ainsi que le commandement des mercenaires. Bakenramef, que la corruption ne pouvait atteindre, mit deux semaines à démanteler le réseau et à réunir les preuves contre Argos et ses hommes. Apparemment, certains contrebandiers purent échapper à la purge.

    Ils revinrent quelques jours plus tard, accompagnés de plusieurs dizaines de rebelles fanatiques teuts. Ils voulaient se venger en tuant l’ombromancien, une proie de choix, et en mettant la main sur les rares et précieuses pierres de vie en sa possession. Ils attendirent la nuit avant de déclencher plusieurs incendies dans le village pour faire diversion. La brasserie est un des premiers bâtiments qui fut embrasé par les archers rebelles.

    L’agitation gagna rapidement le village : les mercenaires beuglaient des ordres et les villageois s’organisaient en chaînes pour se passer des seaux. C’est là que la pluie de flèches a commencé à s’abattre sur nous, ne faisant aucune distinction entre habitants, mercenaires et guerriers squelettes. Je me souviens des gens qui tombent, des hurlements des blessés, de ma panique en cherchant mon épouse et mon fils…Et puis je vis surgir un rebelle teuts de la fumée, il me chargeait, le bouclier levé et la masse prête à frapper…et puis c’est le trou noir…

    Lorsque je me suis réveillé, j’étais allongé dans la grange de Hans transformée en infirmerie…je voulu tout de suite me lever pour trouver Gésabelle et Tim, mais ma tête se mit à tourner et puis ce fut à nouveau le noir. Quand je repris enfin connaissance, Hans vint près de moi et m’annonça que ma femme et mon fils n’avaient pas survécu. De la brasserie, il ne restait rien qui ne soit calciné ou fumant. En l’espace d’une nuit, j’avais tout perdu. Bakenramef était, lui, bien vivant et accompagné d’une trentaine de guerriers morts-vivants, dont Argos, lorsqu’il quitta le village.

    Je pris quelques affaires et je me mis en route sans dire au revoir à personne. Plus rien ne me retenait et je n’imaginais pas refaire ma vie au même endroit…trop de souvenirs douloureux. Au début, je pensais me rendre dans une grande ville pour y trouver embauche dans une brasserie. Sur la route, j’entendis dire qu’un rassemblement de caravanes se tenait à une dizaine de lieues et j’ai décidé de m’y rendre avec l’espoir de me joindre à l’une d’entre elles pour faire route vers des terres plus clémentes.

    C’est une fois arrivé au rassemblement que je compris que j’étais comme tant d’autres…un réfugié, sans le sous, sans avenir, sans espoir. Je n’étais pas le seul à me raccrocher à l’idée de trouver une caravane qui voudrait bien de moi. J’ai cherché toute une journée avant de tomber sur Talia, la capitaine de la caravane La Roue Percée. Elle me demanda ce que je savais faire pour être utile à la caravane, je lui dis que je m’y connaissais en alcools de fruits. Elle me dévisagea et m’examina de pied en cap longuement avant de lâcher « Tu trouves de quoi distiller de l’alcool de fruits, et je te prends avec. » Je mis deux journées bien remplies pour réussir à troquer ce qu’il me fallait.

    Et c’est comme ça que je suis devenu caravanier. Rapidement, je me rendis compte que ce mode de vie me convenait parfaitement : la route pour la route, avec pour seul but celui d’avancer, qu’importe où, qu’importe le temps que cela prend, il y a toujours une autre destination ensuite. On peut trouver de la sérénité dans cette vie si on cherche à fuir ses souvenirs. J’ai vite oublié de m’installer dans une grande ville…J’ai vite oublié de poser mon baluchon tout court en fait…j’avais trouvé une nouvelle famille, un nouveau foyer.

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    Contes et récits: Havre-Vif (3)

    Message par Admin le Ven 27 Juil - 11:19

    26ème journée de Mortal (octobre) 497

    Caravane Havre-Vif

    Récit de Fenn, retranscrit par Patte-de-Mouche.

    “Vous me faites doucement rigoler, bande d’idiots, à ne pas accepter la monnaie de l’Empire. Vous imaginez peut-être renverser l’économie en vous échangeant des pommades et des fromages ? Moi non plus, ça ne m’emballe pas de devoir faire profil bas devant ceux-qui-sont-morts, mais c’est comme ça que le monde fonctionne. Et vous ressassez le passé sans arrêt !

    Ma grand-mère AUSSI, elle en avait des histoires où les vivants n’étaient pas des citoyens de seconde zone et où “chaque homme vaillant trouvait dieu à son coeur” comme elle disait. Mais de ma vie je n’ai vu un seul homme qui ne craignait pas les morts. Il n’empêche que je me demande comment vous faites pour vous passer de monnaie, pourtant vous devez bien faire du vrai commerce avec vos chariots qui dégueulent de bibelots. Après, c’est vrai que je suis plus doué pour dépenser l’argent que pour le gagner. Mais j’arrive à m’en sortir. Et puis l’Empire à la main lourde avec les avis de recherche, alors il y a toujours du boulot.

    Hey, il ne faut pas croire que parce que je suis payé par les morts, je n’ai plus de coeur. On le sait tous que ça n’est pas l’ordre des choses, mais tant que les hommes mourront plus vite que ce que les femmes accouchent, c’est une guerre perdue d’avance… On finit tous par rejoindre les morts alors pourquoi ne pas le faire de son vivant ?

    Faut pas t’en étonner de ce que je dis, petit. Avoue que vous avez du mal à vous rentrer la réalité dans la tête. Cette guerre, elle a été perdue par des gens qui sont tous morts il y a longtemps. Et ce sont parfois ces mêmes gens qui s’assurent maintenant que personne ne vienne jamais contester la victoire de l’Empire. Alors oublie ta vie de clochard. Les principes, ça ne nourrit pas un homme. C’est un conseil que tu peux noter dans ton bouquin.

    Si tu veux, tu peux bosser avec moi ! Mais il faudrait que tu arrêtes d’être trop regardant à qui te paie. Va bien falloir serrer la main de quelques cadavres avant d’avoir ton laissez-passer de chasseur de primes. Sans ça, tu pourras jamais te faire payer, même si tu leur livres une centaine d’elfes enchaînés !

    Pas de laissez-passer, pas de primes ! Et même si on vit dans l’Empire d’OR, c’est pas pour autant que les morts le lâchent facilement l’or en question. Mais si tu fais le boulot dans les règles, t’auras toujours de quoi bouffer.

    Maintenant, je vais pas te mentir, je te comprends… Il m’arrive aussi de faire des recherches plus “privées”, justement pour les nomades comme vous. Calme tes ardeurs tout de suite, ça n’est pas la “résistance”, si tant est qu’elle existe. C’est juste des gens qui, comme vous, ont du mal à vivre avec les morts et qui crapahutent sur les routes pour les croiser le moins possible. En général, ils cherchent des membres de leur famille ou des gens qui ont des dettes… rien de passionnant au final.

    Je me doute que tu envies pas plus ma vie que je n’envie la tienne… Mais y'a toujours moyen de s’en sortir petit.

    Par contre, trouvez-vous un laissez-passer, bon dieu ! Vous ne pouvez pas continuer la route comme ça parce ce que les attaques de brigands et les prédateurs nocturnes c’est une chose, mais si les troupes de l’Empire t’attrapent à vagabonder avec de la marchandise sans laissez-passer… Tu risques de vite te retrouver toi-même en patrouilleur mort-sur-pattes !

    Je devrais pas dire ce genre de truc ici, j’veux pas d’ennui… J’ai un peu trop bu gamin. Ecoute, si tu veux toujours une histoire de chasseur de primes pour ton livre, vient me réveiller demain matin. En attendant moi je vais faire le mort une petite nuit...”


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    Re: Contes et récits: Havre-Vif

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